Filles gars

Zembrocal Trail - 19 au 21.10.23

Par Florian Arnould

La Réunion c’est la terre de Gaby (Gabrielle Saint-Alme) et Coco (Coline Chefson), mais aussi celle du coach par adoption. Après un stage magique en avril 2022, c’était presque inévitable que le 2AC participe à une course collective sur cette île incroyable : Zembrocal 2023 nous voilà !

 

Avant d’être la course en relais à 4 du Grand Raid « Diagonale des Fous », le Zembrocal est un plat typique réunionnais, un mélange d’ingrédients variés qui se marient parfaitement pour donner quelque chose de succulent. Cette définition reflète à merveille nos deux équipes engagées, avec des profils différents mais finalement complémentaires où les garçons remportent la course et les filles frôlent l’exploit d’un podium en terminant 4e à quelques minutes de la 3e place.

Janvier 2023 : nos équipes sont inscrites et le plan de bataille est élaboré par le coach en collaboration avec les athlètes selon leurs envies et leurs objectifs. Tous les mardis c’est musculation pour encaisser les 147 km mais surtout les 7910m de dénivelé, et deux trails de préparation sont prévus : Gerardmer en juin et le Sancy en septembre.

 

De mon côté je vois cette course comme un de mes grands derniers défis, peut-être même le dernier… Je n’ai pas d’expérience en trail ou seulement sur des courtes distances, mais je sais que mes 25 années d’athlétisme, mon mental et ma connaissance de moi seront des atouts précieux pour être performant. L’objectif collectif initial est donc clair : viser le podium. Finalement la fin de préparation sera catastrophique pour Léo et surtout pour moi qui 10 jours avant l’échéance ne cours toujours pas. Fin de rêve, l’objectif sera de finir

Nous arrivons cinq jours avant la course avec Mathilde Frenoy et Léo Maillet, Tom Toussaint arrivera le lendemain et Antoine Marionneau le surlendemain. La rando du dimanche se passe bien, tout comme le footing de 50 minutes du lundi. Le mollet a l’air de tenir. Mais très loin d’arriver avec le niveau espéré, je suis frustré, stressé et un peu sur les nerfs. Et malgré tout il faut assumer la triple casquette : athlète, capitaine d’équipe et entraîneur.

Mercredi, la remise des dossards est une étape unique et longue, mais elle nous permet de rentrer dans le vif du sujet en s’imprégnant de l’ambiance. La rencontre avec Patrick Montel accentue ce sentiment. Je retrouve l’atmosphère des moments importants, presque du haut niveau, et j’aime ça !!

 

Jeudi, on y est. On prépare nos affaires ensemble. Derniers conseils, derniers encouragements.

Tom quitte la maison 45 minutes avant le départ de la course. Il n’a pas l’air stressé, je le suis pour lui… Il doit passer pas loin de l’hébergement après quelques kilomètres. On l’attend tous les quatre. Il est 2e ! Il fait le super début de course que l’on espérait. Léo et Antoine vont manger. Pour moi c’est encore trop tôt, je tourne comme un lion en cage et je tente de suivre le live. Tom est en difficulté dans l’interminable montée vers le volcan. Léo n’a pas réussi à dormir, il s’est levé. On s’inquiète un peu. Antoine lui est parti direction le Nez de Bœuf. Tom arrive à se reprendre et profite des parties plus roulantes pour refaire son retard. Auteur d’une super fin de course il passe le relais à Antoine en troisième position après 5h33. Je peux aller dormir.

 

Antoine c’est notre aventurier, cette portion de nuit en solitaire ça lui correspond bien. Je m’endors 1h, je jette un œil au suivi live, je redors 30 minutes, regarde le live… jusqu’à mon réveil à 6h. On passe 2e, Antoine est incroyable ! Nos amis s’affolent sur whatsapp, il nous impressionne !

Entre temps Léo est parti et Tom rentré dormir, jeu des chaises musicales avec nos deux voitures. On prend le petit déjeuner, Tom me raconte sa course et bien évidemment on suit le relais Antoine-Léo. Je me prends à rêver à nouveau d’un podium… « Alors peut-être » ! Avec sa bienveillance Tom me dit de ne pas y penser, de « kiffer » avant tout. Les rôles de coach et d’athlète ont laissé la place à ceux de coéquipiers. Il a conscience de la pression que j’ai et veut me protéger d’une possible désillusion, mais je sais qu’il commence lui aussi à espérer. 

On décolle avec Mathilde et Tom à 6h45, on a 1h de route. Petite inquiétude quand le GPS nous emmène au mauvais endroit puis quand il faut avancer le départ de la navette pour être à l’heure au moment du relais. Tout rentre dans l’ordre et surtout, on retrouve Antoine. Je sens qu’on est unis, qu’on vibre ensemble. Ce sont les sentiments qu’on est venu chercher ici.

 

Pendant ce temps Léo est dans Mafate, la portion de course tant redoutée mais qu’il espérait affronter. Il passe premier, incroyable !! Mais je ne suis pas surpris, je suis heureux pour lui, il ne pouvait espérer mieux : prendre la tête de la Zembro dans Mafate. Il revient de loin après sa blessure de cet été, quel bonheur de le voir réaliser cette performance. Mais forcément la pression est à son maximum pour moi ; tant mieux, c’est mon carburant !

Antoine m’accompagne dans la navette et jusqu’au départ, il me connaît, il sait que je me nourris de ces moments de partage. Dans le bus on échange avec nos adversaires, on plaisante, on se relâche comme on peut.

 

10h15, Léo va arriver. Je ne m’échauffe pas comme d’habitude, pas de footing, je ne peux pas me permettre de rajouter le moindre effort : quelques exercices de proprioception, de mollets et de relâchement. Léo arrive, il a l’air d’avoir souffert sur la fin. Comme un symbole on fait les derniers mètres ensemble, lui avec qui j’ai le plus partagé pendant la préparation.

 

Le plan de course est clair : m’économiser au maximum sur la première partie et ne rien lâcher. Pour me battre il faudra aller me chercher !! Je me trouve étonnamment bien, quoi que j’en mets un peu trop dans les côtes où je fais l’effort de courir. Je suis extrêmement concentré, chaque appui est efficace et sécurisé et j’avertis chaque participant de la Mascareignes que je double «  attention à droite, merci ». J’ai aussi droit à «  premier Zembrocal ». Je me retrouve à encourager, échanger et plaisanter avec de nombreux traileurs.

 

Arrivée au premier ravito : j’ai été bon, je suis content. Je retrouve Mathilde et Tom qui me félicitent et découvre une ambiance de dingue : caméras, journalistes, public et bénévoles. Surpris par cet engouement je remplis mal mes flasques. Très vite je sais que je vais manquer d’eau et je décide de me rationner. Mais il fait très chaud et le terrain est difficile. Le moment redouté arrive, je n’ai plus d’eau. J’arrive à la Grande Chaloupe dans le mal, j’ai puisé dans mes réserves alors que je devais arriver à ce niveau avec de la fraîcheur. Heureusement je retrouve mes trois coéquipiers et Mathilde, j’en avais besoin. Je prends le temps de manger, de m’hydrater et de me mouiller. Canal+ me suit, je ne peux pas courir, je mets mon égo de coté.

Léo est d’un grand soutien, je reste concentré. On me dit que les amis et le club sont à fond derrière nous, le plein de motivation est fait aussi.

Mais je souffre, je donne tout ce que j’ai alors que l’arrivée est encore loin. Je me retourne pour la première fois en me disant que les adversaires vont revenir. Finalement je retrouve du jus et du rythme après une petite demi-heure, je retrouve de la lucidité et c’est reparti ! Je plaisante avec Canal + à la fin du Chemin des Anglais et répond à une petite interview. J’ai refait le plein de confiance et la perspective d’une victoire me transcende.

 

Dernier ravito en haut du Colorado, les caméras sont là et on m’annonce 20 minutes d’avance, que la course est presque gagnée. J’attaque la dernière longue descente vers Saint Denis de manière dynamique mais une petite chute intervient comme un rappel à l’ordre : ça sera difficile jusqu’au bout. Je décide donc de ralentir, je sais que j’ai de l’avance.

Cette descente est interminable, j’en ai marre et je râle. Mais enfin le stade est là, et même si je ne retrouve pas le tartan, la cendrée me réjouit suffisamment et surtout mes coéquipiers sont là. Ils auront été incroyables jusqu’au bout.

On rejoint l’arrivée ensemble, mais à la vue de la ligne le mental lâche car c’est gagné et du coup le corps lâche aussi. Je les prends dans mes bras alors que je ne suis même pas arrivé. On franchit la ligne tous les quatre. On l’a fait !

Je m’effondre et mettrai 25 minutes à me relever. Quel soulagement, quelle fierté, quel bonheur ! On est les rois du monde, du moins de la Réunion le temps d’un instant.

On va pouvoir savourer et profiter de l’île mais en attendant les filles sont encore en course et on n’a pas fini de vibrer !

 
 
 

Ajouter un commentaire